Le jour où j’ai touché le fond

Les histoires de personnes au fond du gouffre, on en parle mais on s’en agace très vite ; comme dans la vie réelle où le sourire est de mise et les larmes vite séchées au coin de l’œil. La sensibilité n’est pas socio-compatible. Les larmes c’est à la maison s’il-vous-plaît. La vulnérabilité semble avoir quelque chose de honteux. Et le malheur n’est vendeur que si l’happy-end se dessine à la fin. Etre triste deux minutes ça va, être triste des semaines faut pas pousser. Les phrases type ‘Si tu ne vas pas mieux c’est parce que tu ne veux pas t’en sortir’ commence à pleuvoir. Et là non seulement tu te sens au fond du gouffre, mais tu sens le poids de la dalle de béton avec.

Se retrouver au fond du gouffre, c’est en réalité avoir effectuer un bon nombre de mauvais choix en chemin. On sait pertinemment ce qui est bon pour nous, on le sait. Mais on ne le suit que très rarement. Et pourquoi nous engageons-nous si passivement sur le chemin de l’auto-destruction me diriez-vous ? Parce qu’aller mal c’est confortable. Aller mieux, ça demande des efforts ; c’est comme enfiler ses baskets pour aller faire son jogging alors qu’il pleut vache qui pisse dehors. Aller mieux c’est aller au delà des automatismes que l’on a développés depuis tout jeune. Il est bien rare en effet que l’on soit éduqué au bonheur. Éduqué à être compatible avec le rêve de la société oui, mais apprendre à être heureux, beaucoup moins. Peu de gens peuvent se targuer d’avoir apprit à ne pas prendre les choses trop personnellement, à s’entourer de ce qui leurs font du bien, à faire les choix qui leurs semblent bons pour eux et non pour les autres, à voir le positif dans chaque expérience et à en apprécier le résultat quel qu’il soit. Pour toutes ces raisons et d’autres encore, on peut dire qu’on s’est passivement laissés porter vers la voie de l’auto-destruction, et que très peu d’entre nous vont se battre pour sortir des sentiers battus. Ensuite et surtout, deux choses bien distinctes et pourtant si complémentaires nous rendent la tâche encore plus ardue, j’ai nommé attente et pression.

robert-wnuk-8261-unsplashAttente et Pression de leur doux noms ne nous rendent pas la vie facile. Pourtant nous les avons créés nous-même, comme des grands, et non seulement nous les avons créés mais nous les nourrissons, encore et encore, si bien que nous en avons fait, avec le temps, de bons petits voraces.

Attente et Pression marchent ensemble main dans la main. Les attentes, par définition, sont les comportements que les gens attendent de vous, ou les comportements que vous attendez d’avoir envers vous-même. Cela peut être au travail,  dans le cercle familial ou amical (on attend de vous un travail irréprochable, ou d’être une personne marrante, intéressante, moins sensible peut être, on veut que vous soyez plus présent, ou que vous faisiez tel choix plutôt qu’un autre…). Lorsque vous êtes seul, cela peut être ce que vous espérez faire ou être (ne plus paresser devant le canapé et faire son sport alors que vous êtes épuisé de votre journée ; vouloir paraître positif alors que vous ne vous sentiez pas dans votre assiette…). Vos journées sont pleines d’attentes. Parfois elles sont irréelles (penser que quelqu’un attend quelque chose de vous, alors qu’en fait que nenni). Parfois encore elles sont inconcevables (s’en vouloir de ne pas être plus actif alors que l’on croule déjà sous les activités ; vouloir se rendre plus disponible pour les autres alors que l’on arrive même plus à s’entendre penser). Avec les attentes, on se ment à nous-mêmes et on fait indirectement mentir les autres. On créé une image erronée de ce que les gens ‘pensent et attendent de nous’, on plonge dans une certaine parano ; également on attend de nous-même des buts impossibles ou difficiles à atteindre.

nik-shuliahin-725205-unsplashVient alors la conséquence direct de ces attentes, j’ai nommé pression. La pression émise par toutes ces attentes peut prendre une place surdimensionnée. On se met la pression pour à peu près tout : être performant, ne pas être trop sensible, savoir se gérer émotionnellement ou professionnellement parlant, dans nos relations, dans notre mode de vie, dans notre manière de penser (je devrais être positif, je devrais mieux me comporter, je n’ai le niveau pour ceci, il faut que j’arrive à faire cela… ). A la fin, un auto-lynchage intensif se met en place. On se maltraite tout seul, dans le vide, sans aucune raison. Une contre-productivité totale s’installe. On finit par perdre patience, à être sur les nerfs, mal dans sa peau, à bout de souffle, sur le point d’exploser au moindre mot de trop. On devient ingérable, invivable, on se renferme sur nous-même, on ne s’aime pas.

Félicitations ! Maintenant que ces deux chérubins Attente et Pression commencent à vous bouffer de l’intérieur, il est temps de passer à la vitesse supérieure et de tuer sans état d’âme vos fidèles créations. Comment ? Deux solutions s’offrent à vous : soit s’isoler volets fermés et être certain de ne plus rencontrer aucun semblable de votre espèce, soit décider d’attaquer de front. Si vous avez choisi la deuxième solution, déjà bravo, et voici deux remèdes imbattables pour vous sortir la tête de l’eau (ou le corps du gouffre, à vous de voir) :

jens-lelie-15662-unsplashLe premier remède est la Vérité, et suggère de ne pas se mentir à soi-même. Vous savez pertinemment ce qui est bon pour vous. Vous le savez. Votre pensée la plus élevée et votre sentiment le plus pure sont ceux qui vous montrent la bonne voie. La voie qui vous convient, et non celle née de votre mental étriqué ou de l’influence de votre entourage. Se laisser porter par le courant de notre instinct, ou chercher à comprendre les leçons tirées de nos expériences, sont en somme des moyens extrêmement efficaces. Les expériences, bonnes, mauvaises, terribles, sont toutes sur notre chemin pour une raison précise. Il y a donc, en chacune d’elles, un enseignement riche. Nous nous butons à faire des choix qui, nous le savons, ne sont pas les bons. Nous savons ce qui est bon pour nous, le tout est de savoir s’écouter et écouter nos expériences.

Le deuxième remède est de ne rien prendre personnellement. Les Toltèques l’avaient bien compris. En prenant personnellement la remarque d’untel, le jugement de Germaine et l’opinion de Machin, on court droit à la catastrophe. Premièrement car dans la grande majorité des cas, on se fait de fausses idées (nous ne sommes clairement pas dans la tête du voisin, inutile de se creuser la tête à faire des suppositions et à penser à sa place, sans oublier que dans la grande majorité des cas, nos suppositions s’avèrent fausses) ; deuxièmement parce que ce que pense autrui n’a pas à nous affecter. Du moins pas au point d’installer une pression démesurée ou à grignoter notre confiance en nous.

isaac-viglione-59294-unsplashAu final quelle est l’étape la plus difficile à surmonter ? Il ne s’agit ni de s’avoir s’écouter, ni d’ignorer les croyances et les jugements des autres. Le plus grand ennemi, c’est notre égo de victime. Aller au delà de notre égo de victime, c’est nager à contre-courant d’une vieille habitude bien culpabilisante. C’est bien connu : le monde, la vie, les étoiles et les oiseaux sont contre nous ; les forces de la nature et du cosmos toutes entières nous crachent à la gueule tant nous méritons souffrance et désespoir devant notre condition de moins que rien. Un chouilla exagéré ? Et pourtant ! Une fois que nous aurons compris que le meilleur remède, c’est de croire de quel côté on veut bien investir son énergie, on aura tout gagné. Quelle que soit la situation, quel que soit le niveau de désespoir, si vous voulez être au fond du gouffre, vous le serez. Attention, ici on ne vous demande pas de vous coller un sourire merveilleux et de prétendre aller bien en toute circonstance. Ni d’essayer de vaincre toutes vos petites déprimes une par une, histoire de bien vous faire culpabiliser au moindre coup de mou. N’oubliez pas qu’il faut laisser le temps au temps. Mais surtout, il faut comprendre que notre plus beau pouvoir est de croire. Croire, non espérer. Si vous vous persuadez vous-même que tout ira mieux, tout ira mieux. La plus belle façon de sortir du gouffre n’est ni d’attendre une corde pour vous pendre, ni d’espérer une perche pour vous hisser. C’est de remonter ses manches et d’escalader les parois.

5 réflexions sur “Le jour où j’ai touché le fond

  1. Saku dit :

    Rien n’est immuable. J’imagine souvent la vie comme un bateau sur l’eau avec des vagues D’un côté les choses biens et de l’autre les mauvaises choses de la vie.
    Ya des moment où la mer est calme la vie tout simplement. Mais des fois une vague de mauvaises choses arrive ce qui fait tanguer le bateau. Mais le bateau ne peut rester bancale. Il reprendra sa place initiale. S’en suivra une vague de bonne chose. Il n’existe pas un bateau qui reste sur le flan que positif ou négatif.
    Il faut juste prendre le temps de voir le côté positif des choses et ce n’est pas forcément facile c’est un travail sur soi d’accepter les bonnes choses.

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  2. Raphaellakay dit :

    C’est drôle comme ton article me paraît familier (grâce aux lectures de livres qui abordent la même chose) et en même temps, il y a toujours un sentiment de découverte. Je vois le chemin que j’ai fait et je vois aussi qu’il me reste encore des choses à accepter.

    « Mais surtout, il faut comprendre que notre plus beau pouvoir est de croire. Croire, non espérer. » Cette phrase m’a marquée dans ton article. C’est assez parlant je pense, ma tendance à souvent utiliser les mots « j’espère » quand je réponds à quelqu’un qui m’a confié ses soucis. J’espère pour la personne que tout s’arrangera pour elle mais ça ne me vient pas à l’esprit d’affirmer « je crois que tu y arriveras » alors que le verbe croire porte tellement plus de puissance !

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    • Léna dit :

      Déjà merci de m’avoir lu jusqu’au bout ! Ensuite, je suis toujours plus qu’heureuse quand une phrase a fait ’tilt’, et effectivement, celle-ci est assez importante, c’est la solution à beaucoup de problèmes que l’on se créé. Et tu as bien raison, la force des mots est incroyable, et même en étant un peu récalcitrant au début, la répétition d’une forme de pensée devient un automatisme avec le temps.

      Il me reste aussi beaucoup de travail à faire, beaucoup de choses à accepter, comme toi. Ces lignes sont assez thérapeutiques au final, et je crois que, pour notre âge, on est quand même sur la bonne voie ! On peut être fières de se poser les bonnes questions 🙂 même si on tarde à accepter ou à comprendre les réponses

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      • Raphaellakay dit :

        C’est marrant c’est ce que dit souvent mes parents comme quoi « toi au moins tu fais ton travail tôt, tu n’attends pas d’être vieille » ^^ Et puis quand on sait que c’est un travail sur la durée et qui ne s’achèvera que lorsqu’on ne sera plus là, c’est rassurant de pouvoir se familiariser de suite avec ce genre de chose. Bravo à nous haha~

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