Lettre ouverte à moi-même

Très chère toi,

Tu trouveras cette démarche sûrement bien étrange mais voilà, je pense qu’il est temps. Grand temps que nous mettions à plat toutes ces choses qui gravitent autour de ton esprit et tourmentent ton âme. Le monde tourne à une vitesse affolante et je sais bien que tu ne te sens pas capable de suivre la cadence. C’est pourquoi je suis là et c’est pourquoi cette lettre. Très chère toi. Je t’appelle ainsi car malgré tout ce que l’on a pu traverser toutes les deux, demeure une grande affection pour toi, bien que l’on se soit malmenées, bien qu’on est pu mainte fois se haïr, je sais qu’au fond on s’aime sans vraiment se comprendre. Mais il n’est jamais trop tard et cette lettre est là pour ça. 

Nous avons grandit ensemble. Nous avons vu cette gamine silencieuse évoluer et grandir de la même façon : sans broncher, sans dire ses ressentis, sans exprimer ses injustices, ses appréhensions, ses incompréhensions. Oui, de la même façon que je t’ai vu grandir, j’ai pu voir à quel point tu ne comprenais pas ce qui se passait autour. Il y avait trop de bruit, pas assez de place, de grands moments de joie mais aussi beaucoup de stress. C’est le quotidien de tout le monde non ? Alors tu n’as rien dit, tu ne dis jamais rien. Tu ne voulais pas te plaindre. Tu t’es tellement détachée de cette gamine et de ses révoltes que tu n’as même pas vu la jeune femme qu’elle est devenue. Pourtant n’est-elle pas proche de l’image que tu t’en faisais ?

Je t’ai vu t’enfoncer dans tes propres tourments et te monter la tête contre toi-même. Je t’ai vu devenu tétanisée par ce monde car tu te sentais à part. Tu étais là sans l’être. J’ai vu tout ça de tes propres yeux et j’aurai voulu te secouer, te dire que la réalité c’était bien ça. Au final j’y suis arrivée, du moins je l’ai cru. Après coup je me suis rendue compte que tu avais tout dissimulée dans un placard, bien au fond de ta mémoire. Les étagères prennent la poussière mais elles sont toujours là, elle aussi. Il est temps qu’on en parle toi et moi. 

Je t’ai vu haïr et aimer les hommes. Puis te haïr toi. Ne plus avoir confiance au point de devenir quelque chose d’éphémère dont on se lasse au fil du temps. Tu as toujours eu la fâcheuse tendance à rejeter la faute sur toi. A te considérer comme inutile et idiote. A t’écouter tu es responsable de tous les malheurs du monde. Et si tu t’accordais un peu de crédit ? Et si tu te disais que toi aussi tu as de la valeur, des idées qui tiennent la route, tes envies à toi, le droit de les exprimer, le droit de te tromper et que l’on rigole de toi, le droit à l’erreur ! Au contraire tu te replis petit à petit sur toi-même. Et je sais bien comment tu fonctionnes tu sais. Tu te dis qu’étant dépourvue de valeur, tu ne miserais pas un sous sur ta vie. Alors des étoiles plein les yeux, tu te projettes dans la vie de celui que tu aimes. Tu te projettes et te jettes ; corps et âme, en tout et pour tout. Tu fais de l’autre ton Dieu et ne jure que par lui. Tu finis pas t’abandonner, t’oublier et lorsque l’autre n’est plus, tu n’es plus qu’un amas de rien. Tu te sens si bête que tu serais capable du pire. Comment en est-on arrivé là ?

Le jugement. Tu te juges tellement, tout le temps, sans arrêt de cadence, en permanence. Pourquoi es-tu si rude ? Qu’as-tu pu faire de si accablant pour que tu te haïsses autant ? Tu méprises ton corps, tu ne crois pas en toi, pas une seconde. Sais-tu à quel point ces mots répétés au quotidien agissent comme un bulldozer dans ta tête ? Sais-tu que tu as détruis petit à petit, paroles après paroles, tout le semblant de confiance auquel tu pouvais encore t’accrocher ? Par peur de l’échec, tu as rejeté tous tes rêves. Par peur de la critique, tu as rejeté toutes tes opinions. Par peur d’être jugée, tu as rejeté toutes tes relations. Facile n’est-ce-pas ? Plus de contact avec autrui pour ne plus avoir à gérer une relation. C’est ça ta version de l’amitié ? Ne t’est-il jamais venu à l’esprit que tu étais humaine toi aussi ? Que tu avais le droit d’être aimée mais aussi d’être détestée ? Que c’est là le grand jeu des humains et que tu ne pourras jamais tout contrôler ? Sais-tu combien d’amis tu as pu perdre par cette peur d’être confrontée aux autres ? 

Ne te méprend pas sur mes intentions. Si je t’écris aujourd’hui ce n’est pas pour te réprimander mais te tendre la main. Je ne veux plus de tout ça. Je sens que l’on a trop tirées sur la corde et qu’on commence à perdre le fil. Je vois la lumière s’éteindre dans tes yeux et ne se rallumer qu’à la vue de celui que tu aimes. C’est beau mais ça ne devrait pas marcher ainsi tu sais. Tu devrais être ta propre lumière et travailler dur pour te voir briller ! Je ne veux plus de larmes de frustration au moindre de tes échecs. Je ne veux plus que tu te perdes entièrement dans quelqu’un d’autre. A trop aimer tu étouffes l’autre. Tu t’appliques à tuer toi-même une relation que tu pleureras plus tard ; car à trop avoir peur qu’elle se finisse, ton angoisse la tue en chemin.

Je veux que tu aies confiance en toi ! Que tu te sentes pousser des ails lorsqu’il s’agira de t’exprimer. Et surtout que tu ne te démontes pas si on vient à te contredire ! Car tu as autant le droit à l’erreur que le droit de te rectifier. La vie est un immense jeu, tu auras toujours le droit de retourner à la case départ pour recommencer. Tu es comme tout le monde, tu n’as pas la science infuse alors tu apprends. Et apprendre comporte des échecs. La vie est très bien faite pour peu que tu lui fasses confiance et que tu TE fasses confiance.

Ces mots pour te dire que tu as de la valeur. Il est temps que tu le réalises. Je ne veux pas te voir passer à côté de ta vie parce que tu n’as jamais cru avoir le droit d’en vivre une. Je ne veux plus que tout ton être se brise, que ton cœur souffre, que tes forces te quittent à cause des choix et actions de ceux que tu aimes. Je ne veux plus que tu te sentes trop faible pour assumer tes envies et tes décisions. Il n’est plus question d’avoir peur des autres et de la confrontation. Il est temps que tu prennes tes responsabilités, car ton rôle à jouer ici est décisif. Tu es la seule à pouvoir te battre pour ta cause.

Je veux que tu me pardonnes. Pour t’avoir autant malmenée, traitée, dévalorisée. Je veux que tu te pardonnes de ne pas avoir su maintenir de bons liens avec les autres. Inconsciemment tu détruis tes relations pour nourrir et donner raison à ton peu d’estime envers toi-même. Je veux que tu comprennes que tu es humaine. Tes peurs sont là et elles resteront si tu leurs laisses de la place. Bientôt tu n’auras plus peur de construire des liens avec les autres car tu en auras construit de solides avec toi-même.

Tu sais, on ne se le dit pas souvent mais je sais que tu es capable de grandes choses. Je sais que tu peux être épanouie et trouver ta voie. Sans te reposer sur celui qui te met des étoiles dans les yeux. Tu es une personne à part entière, repose toi sur ce que tu es. Enfin, je tiens à te dire que je suis fière de toi. On ne se le dit pas souvent, pourtant on devrait. Bientôt tu sortiras les vieux démons des placards et tu seras assez forte pour les chasser. Tu seras consciente d’être là et de faire partie de ce monde. Toi, ton corps, ta tête, tes idées, tes choix. Il te suffit d’être pure et d’avoir confiance. Arrête de t’inquiéter pour un futur qui n’est pas encore arrivé et qui n’arrivera peut être pas. Si c’est le cas, ça devait être le cas. La vie est comme ça. On ne peut passer son temps à se mordre les doigts parce que certaines prédictions se sont avérées vraies. 

Cette lettre n’a pas de fin. Car il faudra jamais que l’on arrête de communiquer toutes les deux. Marchons ensemble et tu verras à quel point la vie deviendra plus facile.

A toi.

 

 


 

Voilà un contenu un peu surprenant que je vous propose aujourd’hui. Néanmoins j’ai pensé qu’il serait intéressant de le partager avec vous. Quand il n’y a plus aucune communication possible, quand le contact avec soi-même semble être complètement rompu, je crois qu’il est bon de pouvoir se parler. On se critique tellement au quotidien, on exige cent fois plus de nous-même que l’on exige des autres.

C’est aussi un exercice intéressant pour poser un regard objectif sur soi-même. Aucunement dans le but de se juger encore plus, évident, mais plutôt en s’accordant du crédit. Ou encore en posant à plat les choses qui ne vont pas, des comportements dont on est pas fier et que l’on voudrait mettre au point avec sa conscience.

Ici l’unique but est de créer ou recréer une relation de confiance avec son moi pour construire des bases plus saines, ou réparer ce qui doit l’être. Le tout est d’être sincère, franc et bienveillant. Voilà en tout cas une petite voix qui essaye de m’aider. Il me faut juste apprendre à l’écouter.

4 réflexions sur “Lettre ouverte à moi-même

  1. Raphaellakay dit :

    C’est une lettre à toi-même mais je ne pense pas être la seule à m’être reconnue dedans… ce qui montre que nous traversons tous et toutes les mêmes difficultés ! En tout cas, c’est un bel « exercice » d’écriture qui fait du bien et qui rappelle que l’on peut compter sur soi-même avant tout. Bravo Léna pour cette franchise et ce courage, je suis très heureuse de te lire ❤

    Aimé par 1 personne

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