Dépendance mon amour

La dépendance s’installe à pas feutrés. Faut dire qu’elle sait s’y prendre. Elle utilise nos peurs, nous susurre des mots rassurants et nous flanque une addiction de merde devant les paupières, histoire que notre monde ne soit plus qu’une image erroné de notre but ultime.

La dépendance prend place lorsqu’on considère une personne, une chose ou un état d’esprit comme indispensable. On a besoin de cette présence pour ne pas perdre pied. C’est là que l’engrenage se met en route. Cette nécessité incontrôlable d’avoir, et même dans certain cas de posséder une personne, de garder le contrôle ; ou encore cette soif inépuisable d’un produit, quel qu’il soit. L’addiction n’a ni forme ni matière. Elle peut être tout. Matériel, physique, émotionnelle, psychologique, réelle ou créée de toute pièce. Il n’y a aucune limite. Son existence tient à la croyance souveraine que notre monde s’écroulerait sans ; et quand l’addiction pointe le bout de son nez alors il est très difficile de s’en extirper seul. Ici et afin d’éviter un propos qui partirait dans tous les sens, je vais me concentrer sur la dépendance dans nos rapports aux autres : amour, amitié, famille, reconnaissance, sécurité affective ….

alessio-lin-141234La dépendance née de nos peurs. On se sent incapable de réussir ou d’évoluer seul, on a constamment besoin du soutien de ces pairs pour oser s’engager dans une voie, on flippe à l’idée de perdre le contrôle, on a si peu confiance en soi que l’on veut garder la main mise sur la seule chose qui nous fait vibrer. On veut contrôler ce qui nous rassure, on veut posséder ce qui nous fait tenir, on ne se fait pas confiance alors on place toutes les cartes dans les mains des autres. Au final on se sent désarmé à l’idée de se construire seul, l’idée de l’abandon devient notre pire cauchemar et considérer de se lancer par soi-même devient impossible. La dépendance se créée quand, consciemment ou non, nous donnons l’autre comme responsable de notre bien être.

Loin de moi l’idée d’affirmer que notre vie ou notre progression est un pèlerinage solitaire ou la seule rédemption est de marcher seul et d’exclure tout rapport. Les autres sont un soutien non négligeable, nécessaire à l’équilibre de notre propre univers. Or nous sommes une part indispensable de cette équilibre et ne pas entrer dans le calcul serait une erreur. L’autre peut être un soutien fort, même un pilier. Cependant s’il s’écroule et fait vaciller un temps cette harmonie, il est important que les bases soient assez solides pour que le tout ne tombe pas. Et construire ces bases sur les autres, c’est prendre le risque d’établir une structure instable.

La dépendance n’est pas quelque chose qui se créé par plaisir. On ne se jette à bras le corps dans l’addiction. Il y a là un véritable désir de s’équilibrer, cependant on établie les mauvais points de repère. Il y a des signes précurseurs alertant de l’installation de la dépendance. Notamment d’être extrêmement irritable lorsque la réaction et les choix de l’autre ne nous conviennent pas ; ou encore à la suite d’un événement voilà tout notre petit monde démoli. Soit on les voit et on se laisse couler dans la tournure que prend les choses, soit on les ignore totalement, consciemment ou non. Au final la dépendance n’est que la recherche de pièces manquantes à notre équilibre que nous pensons trop fragile, trop instable. Peut être sommes-nous trop peureux ? Peut être manquons-nous de confiance ? Peut être n’avons-nous pas conscience de la force de notre volonté ? L’autre est nécessaire à une vie épanouie mais il n’en est pas la clé. Perdre un être cher est terrible et pourtant, le seul regard que l’on y portera permettra  à la fin de se reconstruire ou de sombrer.

La solution n’est pas d’être froid et distant, de s’affranchir de toutes relations et de vivre en ermite. Le tout est de comprendre que notre réalisation ne tient qu’à nous. Elle est aidée par les autres, mais ne se concrétisera qu’à partir de nos propres actions. Nous sommes les seuls à même de faire taire nos peurs, nous redonner la foi, comprendre notre valeur propre. Les autres nous aident, nous épaulent, parfois nous extirpent de la misère mais là encore notre pouvoir est de ne pas laisser l’engrenage s’installer : si l’autre m’a sauvé de cet état mental dans lequel je me trouvais, ce que j’en étais bien incapable par moi-même. Non. Nous nous sous-estimons. L’autre peut être sauveur d’une situation mais ne doit pas être porté comme le sauveur de toute une vie. Vous réaliser passe par les autres mais surtout par vous-même. La dépendance n’est qu’un effet secondaire de nos peurs. Vous êtes la clé de votre bien-être. •

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En bonus et pour compléter un peu l’article, voici un passage tirée d’une de mes nouvelles. On retrouve les difficultés engendrées par la dépendance affective, courante dans les vies de couple :

Aimer sans dépendre de toi. Je te confis mon bonheur. Pourtant je n’ai aucun droit de t’en proclamer responsable. En t’aimant j’ai fusionné en toi. C’est ce que la passion créée ; c’est pourquoi la passion est insensée.

Ma peur est tienne, ta douleur est mienne… Tu es assez sage pour ne pas me submerger de tes inquiétudes, moi je n’ai plus aucune limite. Ta présence est comme nécessaire au déclin de mes manques affectifs. J’ai inconsciemment placé cette lourde tâche sur tes épaules, et patiemment attendu que tu puisses résoudre tous mes maux. C’est tellement malsain et injuste de te laisser porter ce fardeau. Car tu m’as tant aidé jusqu’à maintenant et de cette façon je t’ai privé d’une partie de toi ; je t’empêche de te trouver pleinement.

Mes besoins amènent soumission et attachement. Je dois être capable de vivre et d’apprécier ce qui se cache au fond de moi avant même de le prétendre avec toi. Sinon je ne ferai que projeter sur toi mes propres démons. Tu n’as aucune obligation d’apaiser mes peines, de recoller les morceaux, de calmer mes peurs et mes angoisses. Même si tu le fais toujours avec amour.

Je ne veux pas que tu te réveilles chaque matin avec ce sentiment de manque. Cette sensation de perdre ton identité, de ne plus connaître ta voie. Je puise toute ton énergie. Je refuse que tu te sentes comme suffoquer, sans espace pour évoluer. Si je t’aime comme je le clame, je devrais pouvoir te céder le droit d’être heureux par toi-même. Te laisser construire ton harmonie sans te laisser le risque de perdre une part de toi dans cette relation.

Avoir cette réciprocité en tant que couple sans dépendre l’un de l’autre. Croire ardemment que je peux sourire et entreprendre sans suivre tes pas, et que nous puissions finalement grandir ensemble. Etre capable d’être heureux individuellement pour l’être à l’unisson. Pouvoir se réjouir d’avoir quelqu’un avec qui partager, tout simplement… J’ai encore tout à apprendre. Mais je sais qu’à la fin de ce long processus, je serais capable d’accepter que tu puisses être heureux sans moi à tes côtés.



 

5 réflexions sur “Dépendance mon amour

  1. Raphaellakay dit :

    ça fait du bien de lire le rappel suivant : « L’autre peut être sauveur d’une situation mais ne doit pas être porté comme le sauveur de toute une vie. Vous réaliser passe par les autres mais surtout par vous-même. » Merci pour ton article qui m’a remis les idées en place, dernièrement j’avais une baisse de moral ^^

    Aimé par 1 personne

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