Vous la connaissez, cette impression de ne pas être là ?

Imaginez-vous dans une bulle. Prenez le temps. Fermez les yeux si besoin. Comment vous y voyez-vous ? Voyez-vous les parois translucide devant vous ? Ou vous voyez-vous dans cette bulle d’un peu plus loin ? Le but ici est de savoir si vous vous voyez à la première ou à la troisième personne.

En fonction de la vision de chacun, des caractéristiques s’en détachent. Ceux qui se verront à la première personne auront moins de mal à s’ancrer dans le moment présent, ils auront des sensations plus « terrestres » et une vision plus directe et tranchée sur le monde. Ceux qui se sont vu à la troisième personne ont un sentiment plus global, leur vision s’élargie à 360°, leurs pensées se perdent ainsi plus facilement dans l’espace. Ils ont plus de mal à se « connecter » au monde, une sorte de perpétuelle rêverie.

C’est en tout cas ce que je peux tirer de mes propres réflexions. J’ai toujours eu l’impression de vivre à travers un léger voile. Une paroi invisible qui me séparait du reste du monde. Le contact avec l’extérieur se faisait grâce à mon pilote automatique. Je savais comment et à quoi réagir, grâce aux connections et savoirs sociaux. Mais à l’intérieur tout était vide. C’est comme si mon âme pouvait entendre son propre écho à l’intérieur de mon corps. Encore maintenant j’ai beaucoup de mal à enregistrer des informations, à être dans le moment présent et à comprendre cette sensation.

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(Petite) partie histoire – que vous pouvez sauter pour aller direct à l’explication des concepts.

Si je parle aujourd’hui d’un léger voile, j’en suis bien contente. Il y a quelques années, c’était une véritable glace qui me coupait du monde. J’ai eu comme une sorte d’état dépressif, appelez ça comme vous voulez. Ma mère essaya tant bien que mal de m’aider, à grand coup de tisanes de romarin et de visites chez des soigneuses pour « enlever le mal » ; en soit la boule au ventre constante qui me coupait l’appétit. Je me souviens des montées d’angoisses indescriptibles, des appels à ma mère entre deux cours avec cette vague si puissante que je me voyais mourir. J’avais l’impression que quelque chose de plus gros que moi voulait m’envahir. Je croyais être seule à penser ce que je pensais et cela me terrifiait à l’époque. Je n’étais plus là. Une coquille vide. J’essayais de m’occuper l’esprit le plus possible. Esprit occupé = pas le temps de penser. Je redoutais l’heure du coucher : dans le noir, en attendant le sommeil, mon esprit avait tout le loisir de s’activer. Heureusement pour moi, j’ai toujours su trouver le sommeil facilement. Le matin en me levant > l’impression de ne pas être là, d’être toujours endormie, de voir le monde depuis une autre dimension.

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Après un an et demi, je fus fière de constater que je me détachais petit à petit de cet état, en essayant tant bien que mal de me persuader que je n’étais pas la seule à penser sous cette angle. Sans savoir vraiment comment, ça avait marché. Malgré tout depuis cette époque je ne supporte plus de porter des lunettes même si je le devrais (la matérialisation de la glace peut être, voir le monde à l’intérieur de deux carrés m’angoisse). Je continuais ma route comme si de rien n’était, refoulant cette sensation de vide intérieur ; je me disais « si je n’y pense pas alors ce n’est pas là »; C’est ainsi que j’ai pu tromper mon monde, enfermer les peurs au placard et en jeter la clé. Affaire réglée.

C’était sans compter sur ma rencontre avec celui qui partage ma vie à présent. Empathe à l’extrême et génie de l’analytique (et je n’exagère même pas). Il ressent et établit des connections dont la plupart de nous ne connaissons  même pas l’existence. Il pourrait essayer de me faire comprendre des heures une infime partie de sa dimension que je ne pourrai toujours pas en dessiner les contours. Je compare souvent nos longues conversations à des pages d’exercices mathématiques. Je l’arrête parfois dans ses raisonnements car je sens mon cerveau littéralement en surchauffe. Il peut donc voir beaucoup d’une personne, mais ne lui révélera jamais plus que ce qu’elle peut actuellement entendre. Un jour il finit par me dire qu’il n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi déconnectée. Qu’il essayait toujours d’analyser ce vide qui m’habitait. Il me fit comprendre qu’en refoulant mes peurs au placard, je me bloquais à tout un univers. Les peurs ont un rôle à jouer pour peu qu’on les comprenne et les combatte. Il me dit qu’à force de jouer à l’aveugle, elles finiront par me sauter au visage : et que le plus sain serait d’accepter d’ouvrir les portes petit à petit et d’affronter ce stress, d’en comprendre l’origine. En clair : quelques temps de panique pour enfin apprendre à vivre en pleine conscience. Quand votre esprit s’agite c’est qu’il se passe quelque chose et ça, ce n’est rien de mauvais. Le mouvement ramène avec lui un cycle d’expérience. Un cerveau sans vague est un cerveau mort.



 

Déréalisation et Dépersonnalisation

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La déréalisation – être étranger au monde.

Les premières caractéristiques de la déréalisation est d’avoir l’impression de vivre dans un rêve. Un savoureux cocktail en somme : le monde tout autour nous semble flou, voir carrément distant, d’où cette sensation de voile devant les yeux. L’impression de traîner son corps sans vraiment en avoir le contrôle. Comme si notre âme flottait à l’intérieur de nous-même. J’ai pu lire à ce propos « Etre déréalisé, c’est expérimenter un doute métaphysique de manière concrète ». Il faut une énergie folle pour se persuader de la réalité. Se prouver à soi-même que ce qu’on ressent est un vrai ressenti car l’esprit remet tout en question.

La dépersonnalisation – être étranger à son corps.

La dépersonnalisation découle de la réalisation. On y retrouve cette impression de ne pas être présent, d’être détaché de son corps >  exemple ces longues minutes à me regarder fixement dans le miroir sans comprendre ce que je voyais, m’étonnant que mes membres veuillent bien obéir aux ordres de mon cerveau (on est spectateur de son propre corps). De même j’ai pu lire à ce sujet « le sentiment de ne plus être l’investigateur de ses actions, d’être simple observateur d’un fonctionnement automatique qui ne nécessite pas sa propre intervention […] on se considère comme un objet, une machine biologique, consciente de son fonctionnement sans pour autant pouvoir le contrôler ». Attachons à cela la peur de disparaître et vous voilà avec un savant mélange d’emmerdements.

Le pourquoi du comment :

On suppose que l’origine de la déréalisation est dû à un stress ou une anxiété temporaire. Comme un petit cadeau d’effet secondaire bien sympa qui lui par contre tendrait sur la durée. La dépersonnalisation est un trouble dissociatif qui interviendrait lors d’un trauma ou d’un stress prolongé (elle est donc elle même l’effet secondaire de la déréalisation – oui oui c’est que du bonheur).

Le mécanisme est assez simple au final : pour éviter la fatigue psychique causée par le stress et l’anxiété, notre cerveau bien sympa se met en veille et s’anesthésie de toute émotion. Au final en voulant nous préserver, copain cerveau nous coupe de tous ces liens vitaux qui nous font sentir vivant. A partir de là se dessine un cercle vicieux > l’anxiété de se sentir « absent » renforce encore plus le trouble et on s’y enferme toujours un peu plus. Quant à cet état curieux de rêve éveillé, il est assez simple à expliquer. Le sommeil est un endroit sécurisant et réconfortant pour votre esprit. Lorsqu’une période de stress se prolonge, votre copain cerveau tente là encore de vous préserver de la réalité de l’éveil, et en profite pour rester dans cet état de veille. Mais la proximité entre sommeil et réalité devient si ambiguë que cette sensation de rêve vous suit hors du lit.

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Pour aller de l’avant :

Identifier l’origine de ce stress c’est déjà plus de la moitié du boulot. Pour la plupart des gens, ces troubles persistent car ils n’en sont pas conscients > ils s’inquiètent alors encore plus de ces symptômes qu’ils ne comprennent pas  et c’est reparti pour un tour. Au final ça paraît simple mais c’est pour beaucoup votre vision des choses qui affecte le changement. Le lâcher prise, encore et toujours.

Se reconnecter à son corps est aussi essentiel. Vivre en pleine conscience. Ça peut paraître bête et inutile mais décortiquer toutes vos actions dans votre tête aide votre esprit à s’ancrer dans le moment présent. Exemple lorsque vous mangez : se rendre compte de chaque bouchée. Se dire « je suis en train de manger ». Analyser les saveurs, les textures. Si vous marchez : prendre le temps de sentir le vent, observer autour, au lieu de simplement regarder. Prendre conscience de chaque pas… Ce sont des exercices simples mais qui peuvent amener votre esprit à sortir de sa veille. Le pilote automatique est votre ennemi. En résumé pour le désactiver :

  • Mettre de la conscience dans vos actions : remarquez votre respiration, vos gestes…
  • Observer votre corps : ses mouvements, les tensions ou crispations, les sensations.
  • Etre bienveillant avec soi-même : accueillir ses tensions mais aussi ses pensées et sentiments, bon ou mauvais. Vous les ressentez, ils font partis de vous. Rien ne sert de leur faire la guerre. Acceptez les et laissez les aller. Revenez à votre respiration.

Si vous cherchez un bon moyen de vous reconnectez à votre corps, je vous conseille la méditation du body scan. Si ça vous intéresse, je vous en ai rédigé une par-ici. Au final vous vous rendrez compte que le meilleur moyen de se défaire de n’importe quel trouble, c’est déjà d’en avoir conscience. 

 

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