Ce que j’aurai voulu savoir avant ma perte de poids.

10 à 12 kilos me séparent de la moi d’avant. Chaque matin en montant sur la balance. Chaque fois que je me scrutais dans le miroir. Chaque kilo, chaque centaine de gramme, j’ai jubilé. L’histoire était banale. Suite à l’arrêt de ma pilule, j’avais profité du dégonflage hormonal pour poursuivre la perte de poids, de manière assez raisonnable, sans vraiment de privation, accompagné par l’activité physique que me procurait mon boulot.

Rien de vraiment alarmant. Rien qui puisse virer à l’obsession. Physiquement je me sens mieux. Plus confiante, énergique, sportive. Pouvoir enfin enfiler les vêtements qui me correspondent est un vrai plus. Ce sont des points positifs à ne pas négliger.

Néanmoins, tout ce que j’ai pu gagné, toute cette confiance extérieur se volatilise une fois la bouchée de trop. Petit à petit, un rapport complètement erroné à la nourriture s’est installé. Moi qui pensais être assez forte pour ne pas virer comme beaucoup de jeunes filles qui se perdent dans les papiers glacés, je vois ce comportement déviant prendre de plus en plus de place. Les horaires et quantités ingérés pendant les repas sont pensées quotidiennes. Le gonflement de mon ventre peut accaparer l’attention d’une journée entière. Comment ce que je considère comme superficiel depuis toujours s’est immiscé dans ma vie jusqu’à prendre racine ?

•  •  •

Tous les matins, le passage par le miroir est systématique. On scrute le ventre. On vérifie l’écart des cuisses. On scrute le V qu’elles dessinent. Check. Si les hanches sont bien démarquées, si le ventre ne dépasse pas ma poitrine peu développée, si la courbe de la taille est jolie, on a gagné la bataille. Du moins jusqu’au jour suivant. On se pèse après la selle souvent, parfois plusieurs jours à la suite.

Vient ensuite le temps des calculs. Combien d’heures se sont écoulées depuis mon dernier repas de la veille ? Quelle durée de jeûne la nuit m’a apportée ? Car plus je dors, moins je mange et ça, ça me plaît. Pas de repas avant 12h de jeûne. Si j’ai mangé à 21h la veille, je ne mangerai pas avant 9h le lendemain. Et quand bien même plus de douze heures séparent mes repas, j’essaye de repousser le moment de manger le plus possible, histoire que mon corps brûle quelques calories au passage. Une tasse de thé, une séance de yoga. Deux éléments pour de me réveiller en douceur et qui permettent au passage d’éliminer un peu, ce qui dans ma parano me convient tout à fait.

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Lors du premier repas, j’essaye de me limiter le plus possible. « Cette portion et après plus rien jusqu’au dîner ». M’enfin donc. La frustration de la méthode amène une autre portion, puis une autre, et toujours la même excuse « après celle là, j’arrête ». Jusqu’à la culpabilité. Sentiment immonde. Aucun plaisir à manger, juste me remplir, me remplir et encore et encore. Plus aucune envie, juste la haine de me voir engouffrer toute cette nourriture dans ma bouche. Mais rien ne me fait m’arrêter. Et la culpabilité se fait de plus en plus grande. « Foutue pour foutue, maintenant que t’en es là, autant continuer ».

Puis je me rassure. Demain je vais gérer. J’aurai la force de me contrôler. Je mets tout sur les épaules de la moi raisonnable de demain. Pire encore, je me dis qu’en poussant le jeûne à l’extrême, je ferai dégonfler ce ventre plus vite. Terrifiant hein ?

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Tous les jours ces pensées me prennent une immense partie de mon temps. Elles dépensent mon énergie dans des combats inutiles, une auto-flagellation incessante, une petite voix malsaine qui me traite de bonne à rien. Alors j’essaye de me rappeler ce moment où ça a basculé. Quand est ce que je me suis foutue dans cette merde exactement ? Avant j’avais le contrôle. Mais aussi le lâcher prise. C’est quand j’étais satisfaite de ce boulot qui me faisait maigrir, quand le contrôle a gagné la partie que tout s’est barré en couille. Le contrôle permanent. Sans quoi je perds pied, je m’affole et je me punis. Je m’en demande trop puis je me déçois. Je m’impose de tenir une cadence impossible, m’infligeant encore plus de contrôle au passage, histoire de rattraper le retard.

Au final je dois entièrement revoir mon rapport à la nourriture. La prise de conscience est déjà une bonne étape à elle seule. Car je sais que tout ce cirque est ridicule mais je le comprends. La situation peut paraître si insignifiante à l’échelle du monde mais elle a de l’importance si elle nous touche. Alors je ne nie pas la situation. Je sais que quelque chose ne tourne pas rond. Le lâcher prise. Arrêter de se prendre la tête pour 2 pauvres kilos en trop est un bon début. Apprendre à s’accepter (c’est bateau mais c’est la clé). Construire son estime de soi en dehors de la balance. Car les troubles alimentaires sont beaucoup plus qu’une simple affaire de manque de confiance. Ils ne sont que des résultats psychiques d’une addition de choses non résolues en nous.

Beaucoup de personnes reviennent à présent au vrai corps. Une sorte de prise de conscience collective. Apprendre à se connaître au delà du physique. Rencontrer cette personne en nous qu’on ne connaît pas vraiment. Et je ne parle pas de la banale couche que l’on gratte sur le fauteuil d’un psy. Se connaître est un voyage permanent, une lutte même, quelque chose qu’on ne peut apprendre dans les livres, quelque chose qu’on ne peut essayer de comprendre par les gens. S’observer, comprendre le mécanisme de nos actions, pourquoi réagissons-nous ainsi, pourquoi ce sentiment, pourquoi cette pensée ? Une chose en amenant une autre, on en vient à une cascade de sentiments refoulés qui frappent à la porte.

Au delà de ce que l’on voit, de ce que l’on nous a inculqué de ce monde. Savoir voir par notre vision. Savoir s’écouter. •

4 réflexions sur “Ce que j’aurai voulu savoir avant ma perte de poids.

  1. Ashe dit :

    Très bien écrit 🙂
    Le dernier paragraphe est un peu la quête de tous, surtout à l’heure actuelle. Apprendre à se connaître, à s’aimer, écouter son corps, ne pas culpabiliser et tomber dans une rigueur maladive qui n’apporte rien de bon, et avoir un rapport avec la nourriture sain et bénéfique pour son organisme et son état d’esprit. Les choses paraissent simples dites ainsi, mais le plus important est de ne pas trop se prendre la tête, et d’apprendre à lâcher prise aussi, se ressourcer et s’écouter.
    Il y a beaucoup de carcans auxquels on obéit ou pas, mais qui régissent notre manière de vivre et d’exister. Des règles débiles qu’on suit parfois inconsciemment, des livres sur le développement personnel, sur notre environnement, sur l’alimentation, full de conseils, qui peuvent être très utiles, qui nous questionnent, et qui parfois font perdre un peu la boule. On se noie dans ce flot d’informations…
    L’essentiel est d’être bien.
    Étonnamment, un déclic, et tout ce qui nous anime et nous rend libre et maître de ses choix refait surface et respire. On passe petit à petit au-dessus de la rigueur oppressante qu’on s’est imposé et on se rend compte en prenant du recul, que l’essentiel est ailleurs. Ce qui nous définit, nous passionne, nous étonne, nous rend bon et bien dans nos baskets, ceux qui nous entourent, ceux qui participent à notre harmonie et à la construction de soi-même, des choses belles et loin d’une rigueur oppressante et légèrement sado-maso qu’on mettrait bien au placard.
    Pour toucher la sérénité du bout des doigts.
    L’essentiel c’est d’être bien.

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    • lenarticles dit :

      Je n’aurai pu mieux le dire ! Tout cela est bien nécessaire pour comprendre et « débloquer » ces petites réalisations de soi. Je suis heureuse de l’avoir partagé ici et de voir qu’on est tous devant les mêmes combats, chacun à notre manière !

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  2. Raphaellakay dit :

    Je suis heureuse de pouvoir en apprendre plus sur toi, sur ce que tu as traversé. Ton témoignage me permet de mieux te comprendre et également comprendre toutes les personnes qui ont traversé ça. C’est courageux d’avoir écrit ce que tu ressens, je te souhaite une bonne continuation ! 🙂

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